Le poker est-il trop accessible ?

Second article d'Antonia Alomar après "l'intuition féminine, phénomène pokeristiquement inexpliqué", notre PokerGirlz s'attaque à l'accessibilité du poker. Bonne lecture !

 

Il y a quelques semaines je vous parlais de l’intuition et du girl power version poker.

J’aime toujours aborder des thèmes forçant un débat contradictoire, déformation professionnelles peut être, il n’y a jamais qu’un bon ou mauvais côté. Je cherche à provoquer une discussion et non à soumettre des idées personnelles. Cet article sera essentiellement  un point de réflexion.

Il y a à peine deux ans, la majorité des français ne savaient pas ou peu ce qu’était le poker, et, l’image première qui leur venait en parlant de ce jeu illicite, etait de façon grossière, un endroit mystique peu fréquentable, avec une arrière salle enfumée arborant des liasses mal fagotées de billets de cent dollars…

Aujourd’hui, le poker est accessible, il est même fashion, presque entré dans les mœurs. Il est au bureau, à la télé, dans les magazines, chez le voisin et parfois même chez la voisine.

Hier, peu de personnes pouvaient se vanter d’y jouer sans passer pour un truand, aujourd’hui, on vante ses mérites, et il paraît, comme l’affirme fièrement le titre d’un ouvrage spécialisé, que « le poker est bon pour vous. »

Cela a tellement évolué que le poker est presque reconnu en tant que sport. On a pu voir à la télé des joueurs professionnels se préparant mentalement et physiquement tels des sportifs de haut niveau jouant un tournoi du grand chelem, alors qu’a priori, et de façon caricaturale, un joueur de poker reste 10 heures par jour assis sur une chaise, pas très confortable parfois, à boire du red bull, et à fumer selon des pauses régulières de deux heures.

Finalement, l’avenir du poker est dans l’organisation, la préparation, et la professionnalisation du milieu. Parlons justement de professionnalisation.

On assiste aujourd’hui à une multiplication incroyable des tournois et des circuits, qui voient le jour par ci par là, en proposant à chaque fois de nouvelles structures, de nouveaux buy-in et même de nouveaux payouts, l’essentiel étant d’attirer un maximum de nouveaux joueurs. Il n’y a pas un week-end sans tournois, ceux-ci se chevauchant souvent les uns sur les autres, au point de créer un mic-mac dans lequel, personne ne s’y retrouve. Il est difficile même aujourd’hui, pour un joueur professionnel, de choisir ses tournois: « Si je fais le jour 1C et que je prends l’avion de 15h26, je pourrais peut être le jouer, parce qu’après il y a aussi le XPT, alors si je saute le jour 2 vers 14h ça peut se faire… »

Si cela existait dans les « vrais sports », que diraient les joueurs?

On assiste actuellement à une recrudescence des tournois afin d’attirer de plus en plus d’amateurs, des circuits que j’appellerais parallèles à buy in modéré.

Faut-il donc créer des tournois à un million de dollars pour n’y voir que les poids lourds? A priori oui, et c’est ce que l’on verra cet été au WSOP.

On assiste alors à un phénomène plutôt paradoxal d’amateurisation et de démocratisation, alors que les joueurs réguliers clament haut et fort que le poker n’est pas un jeu de hasard, ils veulent la reconnaissance, les titres prestigieux et une vraie professionnalisation du milieu, avec des règles unifiées, des prize pool équilibrés et un statut reconnu. Le poker est-il alors trop accessible?

Il y a à peine 5 ans un titre EPT valait de l’or, celui qui le gagnait était quasiment sûr d’être sponsorisé, et on retenait facilement son nom. Avec la multiplication des circuits, on peut légitimement se demander si on assiste à une banalisation des titres et à un manque de prestige.

Le poker est bien sûr une industrie, qui, comme toute autre,  doit faire ses profits et proposer une large gamme de produits attrayants et nouveaux pour qu’il y ait à chaque fois plus de monde. Le but n’est-il pas le même des deux côtés ? Celui de gagner sa vie, peu importe finalement le prestige…

Oui mais…le poker vend du rêve, c’est également la compétition, le sport, la victoire, la reconnaissance, les  titres, les belles tables finales, des endroits prestigieux…et c’est justement cela qui fait rêver.


Antonia Alomar

 


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